1000 plateaux: mode(s) d’emploi.
A live event including sounds, film, video, spoken word, websites, software programs and snacks demonstrating and encouraging the use of Gilles Deleuze's & Felix Guattari's visionary book of anti-philosophy, Mille Plateaux.

organisation CONSTANTvzw et CYBERTHEATRE
Brusselsprogrammation: Herman Asselberghs et Pieter Van Bogaert (INCIDENT vzw)
jeudi 20 novembre 1997, Cybertheatre,

Une soirée de sortie placée sous le signe d'un livre? Philosophique de surcroît? Non, trop difficile. Trop conceptuel. A moins que... le livre ne s'intitule Mille Plateaux et que ses auteurs, les philosophes (pop) français Gilles Deleuze & Félix Guattari, ne suggèrent, eux-mêmes, de le lire comme vous avez coutume d'écouter un LP: en repassant toujours vos numéros favoris - ceux que vous fredonnerez, l'écoute finie - et en ne repassant jamais certains autres. Par ailleurs, l'invitation explicite qu'ils adressent au lecteur doit, elle aussi, être prise à la lettre: en (re)lisant le livre, vous contribuerez chaque fois à son écriture, sinon mieux vaut vous en désintéresser complètement. Finalement Mille Plateaux est ce livre unique qu'il ne faut pas lire de A à Z (et certainement pas dans l'ordre) pour l'avoir lu quand même. Il se consulte quand on croit en avoir besoin et tout en le feuilletant (de nos jours on appelle ça "browser") on tombe immanquablement sur des idées utiles. Bref, un livre instrument.

Instrument très utilisé, du reste. Notamment par de nombreux musiciens. Le lien le plus évident entre la nouvelle musique électronique et l'ouvrage de Deleuze & Guattari est la création du label allemand Mille Plateaux. Le label bruxellois Sub Rosa (dans un passé moins récent) a, lui aussi, trouvé dans l'ouvrage de quoi inspirer ses activités, et reste loin de cacher son admiration pour le duo français. Les affinités, toutefois, dépassent le niveau de l'admiration: les allemands d'Oval, le Britannique Scanner et les Soundlab et DJ Spooky américains ne constituent que quelques noms de la liste sans cesse croissante d'artistes qui, dans leur musique et de manière plus ou moins consciente, appliquent les stratégies du duo français. Tous, ils font partie d'une nouvelle garde internationale de compositeurs expérimentaux qui se meuvent dans les sphères de l'électroacoustique, de la musique concrète, sérielle ou post-sérielle et des techno, ambient, jungle et autres microgenres de la musique électronique contemporaine. Avec une facilité insigne, ils vont et viennent entre la piste de danse et la salle de concert, la culture de la jeunesse (post-)rave et l'avant-garde du classique contemporain.

Ces transgressions de frontières - disons tout bonnement cette souplesse - se rapportent au concept-clé de Deleuze & Guattari quí est celui du RHIZOME. Emprunté à la botanique et désignant, à l'origine, un réseau de tiges à liaisons latérales (de l'herbe, quoi), le terme devient, sous la plume de nos provocateurs théoriques, un plaidoyer en faveur d'une structure (de racines) verticale et hiérarchique. Serait-ce l'internet qui se dessine en filigrane? Et cet autre mot magique cher à ces iconoclastes conceptuels, "LE CORPS SANS ORGANES", ne se lit-il pas, de nos jours, comme étant la fusion du corps du musicien échantillonneur et de son outillage technologique? Quid de l'instrument d'échantillonnage même? Leur "NOMADOLOGIE", loin d'évoquer l'existence de l'émigré ou du SDF, définit le désir de changement ininterrompu, la pratique de la métamorphose en permanence. Du flow du DJ donc: celui qui ne se préoccupe guère de la signification souvent pétrifiée des sons ou des concepts. Du remixage aussi: celui qui démontre qu'aucune version de peut être qualifiée de définitive. Dans Mille Plateaux, on appelle cela "ne pas 'faire le point': plutôt tracer des lignes".